Le RMM 2026 au jour le jour

La 17e édition du RMM (Romanian Masters of Mathematics) se déroule du 23 au 28 février à Bucarest. L’équipe de France est composée de Matteo Argentin, Hadrien Faucheu, Malone Heim, Ruirong Li, Tristan Nguyen et Kyrill Rovinsky. Ils seront encadrés par Rémi Lesbats (chef de délégation) et Anatole Bouton (chef de délégation adjoint et écrivain autodidacte). Le site officiel de la compétition se trouve ici.

Lundi 23 février : Jusqu’ici, tout va bien

Notre épopée commence sur les chapeaux de roues, un quai de gare et un zeugme. En effet, nous avions convenu de nous retrouver à Châtelet-les-Halles pour nous engouffrer dans le RER B à 5 h 35 tapantes. Prévoyants, Malone, Tristan et moi-même prenions le premier RER A de la journée, censé arriver à Châtelet quelques minutes plus tôt. Et c’est le drame : notre train prend peu à peu du retard et prévoit une arrivée à Châtelet vers 5 h 35. S’engage alors une terrible course contre la montre, que le groupe déjà présent à Châtelet peut suivre sur les écrans affichant l’heure d’arrivée des deux trains. Au terme d’un trajet épique, nous arrivons finalement à quai exactement en même temps que le RER B. Tristan et moi nous précipitons alors vers le groupe. Malheureusement, un troisième individu manifestement moins pressé (et dont nous préserverons l’anonymat) nous rejoint quelques secondes plus tard devant le train en marchant, au moment où les portes se ferment. Bref, la mission est échouée, et nous devons prendre le train suivant.

Notre équipe de choc (attention, des intrus se sont glissés, à vous de les repérer…)

À l’arrivée à l’aéroport, rebelote : le même individu – dont nous tairons toujours le nom, bien qu’un.e lecteur.ice affûté.e puisse le deviner en relisant le premier paragraphe – ne parvient pas à valider sa carte de transport et reste coincé derrière le portillon. En animatheurs responsables, nous remarquons quelques dizaines de mètres plus loin son absence. Je cours alors courageusement le récupérer, au risque de rester coincé moi-même derrière ce portillon.

Après ces quelques mésaventures, tout se passe heureusement sans encombre et nous arrivons tout de même bien en avance au quai d’embarquement. Mattéo croit alors reconnaître l’équipe espagnole devant nous. Après investigations, il s’avère qu’il n’y a pas d’équipe espagnole à la compétition, et Mattéo n’osant pas les aborder, le mystère reste provisoirement complet. Finalement, une comparaison avec la liste des élèves inscrits nous permet de déduire qu’il s’agit des brésiliens (nous avions donc faux à la fois sur le continent et la langue).

Le vol est l’occasion pour certains de revoir la géographie européenne, et d’ailleurs même pour le pilote qui semblait penser que nous allions survoler le Cap-Vert (je vous rassure, il voulait bien sûr dire “Nous survolons Zurich, puis cap vers… Bucarest”). À l’arrivée, nous sommes chaleureusement accueillis dans le froid et la neige par deux chauffeurs. Nous faisons alors face au premier problème mathématique de la semaine : nous sommes huit, et il y a deux taxis pouvant transporter huit passagers chacun. Comment nous répartir ? Après réflexion, ils choisissent de nous séparer en deux groupes de quatre, avant de se raviser et de nous laisser voyager ensemble pour le plus grand bonheur de tous et toutes.

Oui, Kyrill a mal dormi

Nous arrivons en pleine forme à l’hôtel, où nous prenons tout juste le temps de nous poser avant de repartir trouver un endroit où manger. Et nous sommes bien tombés, comme cette photo en témoigne. Nous avons pu y goûter des spécialités locales, comme le Texas Ranger Burger ou la pizza Napoli.

Ce sont bien des parts individuelles (du moins en théorie)

Le moment est enfin venu pour Rémi de se reposer, et pour moi de me plaindre : est-ce bien normal que le plus petit de nous deux (1m70 en comptant la barbe) ait droit à un lit king size, tandis que je me retrouve à dormir dans un canapé-lit qui n’a même pas de matelas digne de ce nom (les rageux diront que c’est parce que j’ai perdu à pile ou face) ?

David après s’être installé chez Goliath

Après cette pause bien méritée, nous nous retrouvons dans le hall de l’hôtel pour jouer avec les élèves. Kyrill nous apprend un jeu de cartes russes dont personne ne semble avoir compris toutes les règles, même après une partie. Tristan, Mattéo et Hadrien, quant à eux, tentent de sociabiliser avec l’équipe israélienne en jouant à une version complexifiée du loup-garou. Mais c’est une tentative vite avortée puisque nous les retrouvons bien vite en train de jouer sur leur téléphone (pour leur défense, ils jouaient avec un israélien).

Vient ensuite le moment pour Rémi et moi de recevoir les problèmes qui tomberont le jour de la compétition, et pour les élèves de manger avant d’aller se coucher (tôt, bien évidemment). Puisque nous ne pourrons plus parler de maths avec eux à compter du moment où nous aurons lu les problèmes, nous en profitons pour leur donner une dernière fois quelques recommandations générales, comme l’éternel “revoir les cas particuliers de Zsigmondy”.

Je ne dirai bien sûr pas un mot sur les problèmes que Rémi et moi avons décortiqués des heures durant. Puisqu’ils n’ont pas jugé bon de m’envoyer des photos, je ne peux rien dire non plus sur la façon dont les élèves ont employé leur soirée (ce qui explique aussi pourquoi cette fin de journée manque cruellement de photos). Tout ce que je peux en dire, c’est qu’ils se sont couchés à 21h maximum (en tout cas, c’est ce qu’ils nous ont promis, mais les messages reçus sur notre conversation Whatsapp à 23h me font douter).

Mardi 24 février : Les choses sérieuses commencent

Réveillé de bon matin après une trop courte nuit, j’entends le bruit tonitruant d’un bulldozer descendant les rues de Bucarest. Ah non, il semblerait que ce soit simplement les ronflements de Rémi… De leur côté, les élèves ont la chance de pouvoir profiter d’une grasse matinée.

Après un petit-déjeuner express, Rémi et moi rejoignons les autres chefs et cheffes d’équipe pour débattre des problèmes. À l’issue de ces discussions, les leaders anglophones s’accordent sur une version définitive des énoncés, que nous nous empressons de traduire. Cela paraît facile, mais nous avons bien passé notre journée sur ces traductions qui n’ont pas été finies avant 18h (pour un début des réunions à 9h).

Je vous laisse deviner quelle assiette est à qui

Pendant ce temps, les élèves vaquent à leurs occupations habituelles, c’est-à-dire dormir, manger et vouloir jouer au foot malgré la présence de neige et l’absence de ballon (confisqué la veille). Ils ont également pu faire connaissance avec leurs guides : ils sont manifestement très demandés puisque pas moins de trois personnes différentes se présentent à eux comme étant leur guide pour la semaine. Nous les retrouvons à la cérémonie d’ouverture organisée au sein du lycée Tudor Vianu qui accueille la compétition.

La cérémonie commence avec quelques discours plus ou moins longs et intéressants. Nous avons par exemple eu la chance de découvrir que parmi un groupe de 17 personnes qui sont deux à deux amies, ennemies ou amantes, on peut toujours en trouver 3 qui aient toutes la même relation deux à deux . Pourquoi cette laborieuse anecdote ? Eh bien tout simplement car nous participons à la 17ème édition du Romanian Master of Mathematics…

Vient ensuite le clou du spectacle : la performance vocale – à défaut de pouvoir dire musicale – et physique – à défaut de pouvoir dire dansée – des élèves du lycée Vianu. Après une interprétation audacieuse d’une version roumaine de Les Rois du Monde, nous avons droit à There Are Worse Things I Could Do, puis Summer Nights. La performance s’achève sur Money,Money,Money avec un solo d’une chanteuse qui, malgré quelques problèmes techniques, nous a offert une prestation remarquable capable de nous faire oublier les déboires des précédents artistes.

Certain.es chorégraphes auraient peut-être dû s’abstenir de sécher les répétitions…

Vient enfin le tant attendu défilé des élèves, accompagnés de leurs leaders, sur la scène. Pour une fois que nous avons une photo propre de l’ensemble de l’équipe, le moment est peut-être enfin venu de les présenter (un peu tard je vous l’accorde). Puisque les Jeux Olympiques d’Hiver viennent de se terminer et que l’attention du monde entier est maintenant focalisée sur le RMM, nous allons leur associer des athlètes français.es, en espérant qu’ils obtiennent (au moins) les mêmes résultats.

La dream team

Voici donc notre fière équipe, de gauche à droite :

  • Rémi, 25 ans et toute sa barbe, notre malicieux chef d’équipe.
  • Malone, le petit nouveau (pas si petit que ça à en juger par la photo) dont c’est la première compétition internationale. Un nouveau venu qui vient tout casser, ça ne vous rappelle pas Mathis Desloges ?
  • Kyrill, qui a déjà une médaille d’argent à la BMO et une médaille d’or (avec un score parfait s’il vous plaît) à la JBMO à son actif. Il est arrivé l’an dernier à la POFM et il n’est pas près d’en repartir, tel Emily Harrop.
  • Anatole, un très beau jeune homme et accessoirement le rédacteur de ce compte-rendu (et chef d’équipe adjoint)
  • Ruirong, l’ancienne de l’équipe puisqu’elle est la seule à avoir déjà participé au RMM. Mais ça ne s’arrête pas là : elle a également gagné une médaille d’or à l’EGMO, et une de bronze à l’IMO. Avec un tel palmarès, c’est bien sûr notre Lou Jeanmonnot !
  • Tristan, encore plus habile devant un problème de maths que devant un ballon de foot, il a à son tableau de chasse une impressionnante médaille d’argent à la JBMO. Son talent et son élégance font de lui notre Laurence Fournier-Beaudry.
  • Mattéo, encore plus habile devant un problème de maths que devant un ballon de foot, il a à son tableau de chasse une impressionnante médaille d’argent à la JBMO. Il va de pair avec Tristan, c’est bien entendu Guillaume Cizeron.
  • Hadrien, lui aussi déjà bien rôdé : une médaille de bronze à l’IMO et une autre à la BMO, mais surtout de l’or à la JBMO. Quand il voit de la géométrie, il est aussi rapide et précis que Quentin Fillon-Maillet

Pour nos élèves, l’après-midi s’annonce chargée. Elle commence avec le traditionnel Estimathon organisé par Jane Street. Pour les néophytes, il s’agit d’un jeu où les élèves doivent estimer des grandeurs parfois très aléatoires. Par exemple, ils ont dû trouver le poids du palais du parlement roumain, un gigantesque bâtiment contruit par Ceaușescu. Nos élèves s’en sortent très bien puisqu’ils finissent troisièmes au classement des pays.

Pour une fois qu’on arrive à battre les chinois !

Jane Street (toujours eux) a également organisé une après-midi jeux de société au sein du lycée. Cette après-midi est l’occasion pour les élèves de sociabiliser avec les autres équipes, tous nos élèves ayant rencontré des étudiants de pays différents. Tristan, Mattéo et Hadrien font la connaissance d’un certain Fabinho, brésilien, un “bus” (c’est la description la plus précise que j’ai pu en avoir) qui semble très fort au foot. Ruirong, quant à elle, joue au nouveau jeu de Jane Street, le “Figgie”, avec des filles roumaines. Kyrill et Malone rencontrent un norvégien qui serait en réalité lituanien (ou estonien, je n’ai pas tout compris). Mais le football reste l’activité ayant le plus fédéré les élèves : il y avait des péruviens, des roumains, des italiens, et des bulgares (ou hongrois, facile de confondre en anglais). Bref, une journée riche en discussions en anglais.

Vers 17h, nos traductions n’étant toujours pas terminées, je rejoins seul les élèves pour leur proposer de faire des courses. Mal du pays oblige, nous choisissons un Carrefour où nous effrayons la vendeuse par la quantité de produits plus ou moins diététiques achetés par les élèves. Après le dîner, nous nous retrouvons pour un dernier speech de motivation comme Rémi en a le secret, et concluons la journée sur quelques parties d’Undercover. Celles-ci sont notamment l’occasion pour certains de découvrir la géographie de la Bolivie (saurez-vous trouver le mot des civils à partir de cette information ?). Pour conclure cette longue journée, je vous laisse méditer sur cette citation d’un de nos élèves :

“La différence entre mes brouillons et mes solutions, c’est que mes brouillons sont un peu plus aérés.”

On se croirait un peu dans un chalet au milieu des Alpes, non ?

Mercredi 25 février : Tout est bien qui commence bien

Pour les élèves, le (premier) grand jour est arrivé ! Après un rapide petit-déjeuner, nous arrivons bien en avance aux salles où ils passeront l’épreuve. Les conditions sont parfois très inégales (avoir une chaise stable est un privilège rare ici). Une fois que nous sommes sûrs qu’ils sont prêts à passer l’épreuve dans les meilleures conditions, Rémi et moi nous enfermons avec les autres leaders pour débattre des barèmes.

Voilà le programme prévisionnel de cette matinée : pour les élèves, bien sûr, ils doivent plancher sur leurs trois problèmes de 9h à 13h30. Pour Rémi et moi, on devait débattre et voter les barèmes de 9h à 11h, puis profiter de la fin de la matinée pour visiter le musée du paysan roumain avec les autres leaders, avant de récupérer les élèves.

Voilà le vrai programme de cette matinée : pour les élèves, heureusement, tout s’est déroulé comme prévu. Ils ont pu découvrir quelques spécifités du RMM, comme les sirènes de voitures de polices sonnant par intermittence juste devant le lycée, des élèves réfléchissant debout pendant l’entièreté de l’épreuve, ou des annonces différentes et relativement inutiles qu’ils recevaient toutes les vingt minutes. Malgré tout, ils n’ont heureusement pas eu de mal à se concentrer. Pour Rémi et moi, c’est une autre histoire : les débats sur les barèmes se révèlent interminables, et la visite du musée est annulée (à notre plus grand désespoir). Rémi a même droit a un petit bonus après le repas, puisqu’il retourne discuter du barème du dernier problème à 15h.

Pour éviter toute déception, je ne mentionnerai pas les ressentis des élèves après l’épreuve. Je n’ai pas non plus le droit de dire un mot sur les problèmes pour l’instant, donc je me contenterai d’affirmer que tous nos élèves sont en pleine forme, et se sont régalé devant les problèmes et leurs goûters pendant 4h30.

Après un repas ravigotant à l’hôtel, nous partons faire une petite promenade avec les élèves. Promenade vite écourtée pour Rémi puisque les copies arrivent plus tôt que prévu, et il doit donc retourner les récupérer. Quant à moi, je reste un peu avec les élèves avant de rejoindre Rémi pour une soirée (et nuit) dédiée aux corrections de leurs copies.

Les élèves profitent encore un peu du beau temps et de la neige, avant de rentrer à l’heure du repas. Nous les revoyons seulement à 21h, pour quelques parties d’Undercover et pour leur donner les derniers conseils pour le deuxième jour d’épreuve. Ils vont ensuite se coucher, tandis que Rémi et moi continuons à nous arracher les cheveux sur leurs copies encore quelques heures.

Jeudi 26 février : On prend les mêmes et on recommence

Cette matinée a des airs de jour de la marmotte puisque tout se passe comme hier pour les élèves : petit-déjeuner à 8h, départ à 8h20, installation à 8h30, et il reste une demi-heure pour se préparer psychologiquement à l’épreuve. Un début de journée millimétré qui se déroule sans accroc, et les élèves sont dans les meilleures conditions pour le début de l’épreuve, qu’ils soient revanchards ou prêts à continuer sur leur lancée.

Pour Rémi et moi, la matinée est dédiée aux coordinations. Si vous ne connaissez pas le principe, des coordinateurs indépendants ont lu les copies de nos élèves hier soir, et leur ont aussi attribué une note. Nous devons maintenant discuter avec eux pour nous accorder sur une note finale pour chaque copie. Globalement, ils sont (étonnamment) moins généreux que nous, donc les discussions peuvent facilement s’éterniser. Pour la première fois dans cette compétition, l’emploi du temps est respecté et, après des débats acharnés et passionnés pour défendre corps et âme le moindre petit point de nos élèves, nous finissons ces coordinations dès 11h. Rémi profite de la fin de la matinée pour essayer de compléter ses trop courtes nuits précédentes, et moi pour rattraper mon retard sur ce compte-rendu.

À 13h30, les élèves sortent épuisés, mais soulagés et globalement contents de leur performance. Voici donc ce qu’il y avait au menu de ces deux journées : le premier jour commençait avec un mignon de problème de combinatoire mêlant des idées géométriques, suivi d’un problème très difficile de théorie des nombres qui a donné du fil à retordre à notre équipe, avec enfin un problème d’algèbre déroutant et extrêmement difficile que personne dans l’équipe n’a essayé d’attaquer. Le deuxième jour, ils ont eu droit à un nouveau problème de théorie des nombres, bien corsé (RMM oblige) pour sa position dans le sujet. Le deuxième problème était (enfin) de la géométrie, encore une fois très difficile, même pour un problème 5 de RMM. Enfin, ce beau sujet s’achevait sur un élégant (mais extrêmement difficile, évidemment) problème de combinatoire.

Rémi et sa demi portion

Le repas du midi est l’occasion de décompresser, avant de sortir un peu pour se changer les idées. Nous décidons de partir en pèlerinage sur les lieux du RMM 2023, pour montrer aux élèves le privilège qu’ils ont d’être logés dans un hôtel de qualité. Nous avons même la chance de pouvoir entrer dans la cantine où Rémi et moi avions mangé du poulet midi et soir toute une belle semaine en 2023. C’est l’occasion de faire une pause pour une partie d’Undercover (ça devient une habitude).

Ensuite, retour à l’hôtel et rebelote : Rémi et moi corrigeons les copies toute la soirée pendant que les élèves peuvent se reposer et manger tranquillement. Apparemment, certains d’entre eux auraient décidé de lancer un karaoké. Malheureusement, ils ont malencontreusement oublié de m’envoyer un enregistrement de leur prestation que je puisse publier sur leur compte-rendu.

Tristan et Mattéo ont également joué à un jeu innovant avec les israéliens : le but était de deviner le sens de mots hébreux, mais sans parler anglais (idée louable, mais qui a été vite court-circuitée quand quelqu’un a dit “glou-glou” pour faire deviner “eau”).

Les fameux israéliens avec Tristan

Devant des protestations véhémentes, je laisse Mattéo rectifier le paragraphe précédent : Mattéo et Tristan, dans leur tentative de sociabilisation, se lancent dans un jeu innovant où ils doivent tour à tour deviner un mot dont l’équipe israélienne leur donnait une description complétement en hébreu. Ils pouvaient ensuite poser des questions auxquelles les jeunes israéliens répondaient entièrement en hébreu. À leur tour, les succulents français (Tristan et Mattéo) leur faisaient deviner des mots français en parlant uniquement français. Cette barrière linguistique donna lieu à de nombreux malentendus ce qui entraîna les jeunes brillants esprits dans des états de joie et d’extase leur faisant oublier les déroutes mathématiques de la compétition. Je vous jure ça a l’air pas fou mais c’était très drôle, convivial, entraînant, prenant, comique, amusant, cocasse, réjouissant, piquant, burlesque, acide, facétieux, savoureux, succulent, irrésistible, original, déroutant et mystique.

Ruirong, quant à elle, profite de cette soirée pour sociabiliser avec sa colocataire et ainsi découvrir les dessous de la préparation olympique hongroise. Vers 22h, nous retrouvons tous les élèves comme hier soir pour une partie d’Undercover, et je vous laisse essayer de comprendre comment Kyrill a trouvé un lien entre les mots “imagination” et “Barbie”.

Vendredi 27 février : Le dénouement final

Cette fois-ci, c’est pour Rémi et moi que les journées se répètent, puisque nous passons notre matinée à coordonner les problèmes de la deuxième journée. Les problèmes 4 et 5 sont vite expédiés, mais nous devons ensuite atteindre une heure pour débattre du problème 6, les deux coordinateurs ayant manifestement besoin de trèèès longues discussions pour se mettre d’accord avec les brésiliens. Une demi-heure après le créneau intialement prévu, c’est enfin notre tour et nous obtenons suite à de longues discussions un point pour Ruirong sur le problème 6, qui lui permet d’avoir la médaille de bronze !

Je me dois quand-même de rendre hommage aux coordinateurs et coordinatrices qui ont dû passer leur soirée à lire des dizaines de pages de solutions dans une langue dont ils ne comprenaient pas un seul mot, et qui se sont toujours avérés très compétent.es et sympathiques.

Les fameux coordinateurs du problème 6, et le point de Ruirong

Place maintenant aux résultats attendus impatiemment par les élèves !

ÉlèveP1P2P3P4P5P6TotalRésultat
Hadrien Faucheu73070017Médaille de bronze
Malone Heim41070012Mention honorable
Ruirong Li71070116Médaille de bronze
Kyrill Rovinsky73074021Médaille d’argent
Mattéo Argentin74070018Médaille de bronze
Tristan Nguyen0400004

Il s’agissait d’une année particulièrement difficile (en témoigne la barre de la médaille d’or à 24 points), ce qui rend la performance de notre équipe d’autant plus impressionnante ! Nous finissons à la 11ème place du classement des pays. Bravo à nos élèves pour toutes ces médailles !

Pendant nos coordinations, les élèves se reposent et nous les retrouvons à l’hôtel pour une grande et dernière balade dans la ville. Nous en profitons pour donner et commenter les notes de chacun, et bien sûr féliciter tout le monde. Après une demi-heure de marche, nous arrivons au légendaire palais du parlement roumain, l’un des plus grands bâtiments administratifs du monde (et qui pèse environ 4 millions de tonnes, pour répondre à la question posée plus haut). C’est l’occasion de prendre une photo qui, malgré tous les efforts de Rémi, ne capture pas l’entièreté du bâtiment.

Ensuite, retour express au lycée Vianu après un repas acheté sur le pouce. En effet, Rémi et moi devons y être à 15h pour la réunion qui décidera des barres des médailles ! Il s’avère en fait, et c’était prévisible, que la réunion commence plus d’une heure en retard, et nous nous sommes donc dépêchés pour rien…

Une petite explication s’impose : il doit y avoir un douzième de médaillés d’or, deux douzième de médaillés d’argent et trois douzièmes de bronze. L’impossibilité de couper en deux les élèves fait qu’il y a souvent le choix entre une barre haute et une barre basse, et les chefs et cheffes d’équipes doivent alors voter entre plusieurs propositions.

C’est le cas ici, mais l’une des options proposées par les organisateurs doit être oubliée puisqu’ils n’ont tout simplement pas acheté assez de médailles de bronze (on ne s’habitue jamais à l’organisation du RMM)… Finalement, les barres sont de 16 pour la médaille de bronze, 20 pour l’argent et 24 pour l’or. Pour vous donner une idée de la difficulté que ça représente, il fallait en 2024 avoir 21 points pour obtenir une médaille de bronze…

Quand le prof affiche les notes du dernier contrôle au tableau

Pendant cette réunion, Ruirong, Malone et Kyrill, bien rentrés à l’hôtel, se reposent et occupent la majeure partie de leur temps à stresser en attendant de connaître ces fameuses barres… De leur côté, les trois autres zigotos tentent de lancer un match de foot, qui n’a cette fois ci pas très bien pris puisqu’ils finissent seuls dans le gymnase. Après notre réunion, Rémi et moi avons à peine le temps de leur montrer notre excellent niveau footballistique que nous devons rentrer à l’hôtel nous préparer pour la cérémonie de clôture.

Place maintenant à la cérémonie ! Celle-ci commence avec un discours d’un organisateur de la compétition, qui en profite pour nous répéter à de très nombreuses reprises qu’il est en contact avec le président de la Roumanie, et nous lit un message de sa part. Ensuite vient le moment tant attendu par toutes et tous, la remise des prix. Les noms des mentions honorables sont d’abord listés par un élève du lycée. Celui-ci n’ayant pas eu la liste complète des noms, il doit s’y reprendre à deux reprises pour citer tout le monde. Nos applaudissements nourris accueillent bien sûr l’appel du nom de Malone !

C’est au tour du directeur adjoint du lycée de remettre les médailles. Celui-ci, qui a été promu depuis la dernière compétition où il s’était présenté à nous comme professeur de français, semble être le plus fervent supporter roumain de notre équipe de France. Ruirong est la première appelée, et a donc droit à son moment de gloire, seule sur la scène pendant quelques secondes. Elle est ensuite rejointe par Hadrien et Mattéo.

Seule au monde !
Mattéo se permet même de faire le show
Les ukrainiens sont quand même plus classes que nos français

Les 27 médaillés de bronze parviennent, je ne sais par quel miracle, à tenir tous et toutes en même temps sur la scène, même si pour cela un américain finit par disparaître derrière un drapeau péruvien.

C’est ensuite au tour des médailles d’argent de monter sur la scène. C’est l’heure de gloire de Kyrill, qui passe la plus grande partie de son temps sur scène à batailler avec les ukrainiens pour mettre son drapeau devant le leur. Combat perdu d’avance puisqu’eux avaient un drapeau de la taille du drap du lit de Rémi (qui est très grand, je le rappelle).

La remise des prix continue avec les médailles d’or, un club très select puisqu’il n’y a que trois chinois, trois américains, un hongrois et un roumain. Enfin, le podium du classement par pays est appelé : la Roumanie en troisième position, les États-Unis en deuxièmes et la Chine au sommet de ce classement. Comme chaque année, la première équipe reçoit une assiette (oui, une assiette) en argent comme trophée. Les élèves chinois semblent la convoiter avidement, incapables de masquer leur impatience de la remplir au cours du banquet final qui les attend.

Kyrill a déjà trop tenu le drapeau français pour la journée

Digne d’un album d’Astérix et Obélix, la compétition s’achève autour d’un banquet d’adieu à notre hôtel. Fidèles à nos habitudes, nous arrivons en retard à ce repas, et devons donc manger séparément des autres équipes.

Les élèves ont ensuite carte blanche pour la soirée. Ruirong choisit de retrouver sa camarade hongroise, et le reste de l’équipe, non content de la balade de cette après-midi, préfère sortir dans les rues de Bucarest. C’est l’occasion de faire connaissance avec l’équipe serbe, avec qui nous marchons pendant plus de deux heures dans la ville. Nous rentrons ensuite à l’hôtel pour conclure cette soirée sur quelques parties de Gartic.io, où nos élèves se voient limités à la fois par leurs capacités artistiques et linguistiques.

Photo franco-serbe

Tout le monde rentre finalement se coucher à une heure raisonnable (surtout Rémi qui est au lit dès 21h30), et nos élèves sont tristes de devoir (déjà) quitter leurs camarades de tous les pays pour retourner en France…

Samedi 28 février : Ce n’est qu’un au revoir

Dernier réveil à Bucarest pour toute l’équipe, qui part de l’hôtel dès 11h. Petite pensée pour Kyrill qui a dû, lui, se lever à 7h pour avoir son avion. Dernier couac dans l’organisation de la compétition : le taxi qui devait nous récupérer tous les 7 ne peut accueillir que 6 passagers. Rémi refusant que je prenne le volant, je suis choisi pour rester derrière et je les rejoins après avoir attendu un deuxième taxi (qui arrive après seulement quelques minutes, heureusement).

Malgré tout, nous arrivons à l’aéroport avec plusieurs heures d’avance. Cette fois-ci, la sécurité ne nous fait pas de cadeau : seulement la moitié des sacs traversent du premier coup la sécurité. Heureusement, tous les élèves ayant bien mis leurs compas et médailles dans leur valise, aucune affaire n’est perdue.

On en avait marre de la gastronomie roumaine

Le vol se déroule se déroule sans encombres, et nous arrivons tous sains et saufs à Paris. Pour marquer la fin de cette belle aventure, nous avons droit à un évènement exceptionnel : nos valises sont les premières déposées sur le tapis roulant, et nous les récupérons toutes en quelques minutes seulement.

C’est fini pour de bon, et Mattéo prend son train à l’aéroport, tandis que le reste de l’équipe continue jusqu’à Châtelet où nous nous séparons définitivement, après des adieux déchirants.

Qu’est-ce qu’un bon compte rendu sans photo d’avion ?

Il est temps de conclure définitivement ce compte-rendu. Il sera difficile de retourner à une vie normale après la parenthèse enchantée qu’a été cette compétition, pour les élèves comme pour nous. C’est une chance pour Rémi et moi d’avoir pu accompagner autant mathématiquement qu’humainement cette magnifique équipe tout au long du séjour. Nous avons fait tout notre possible pour rendre cette expérience inoubliable, et espérons avoir été à la hauteur de cette mission.

On ne le répétera jamais assez, participer à cette compétition est la preuve d’un niveau exceptionnel, lui même étant le fruit d’un nombre incalculable d’heures de travail acharné et passionné de la part des élèves. Il s’agit de l’olympiade la plus exigeante par la difficulté et l’originalité des problèmes proposés, et chaque point obtenu sur les six problèmes est un exploit en lui-même. On ne peut alors que s’incliner devant la superbe performance accomplie par chaque élève de notre équipe.

Heureusement, ce n’est jamais vraiment fini : il reste encore plusieurs compétitions prestigieuses auxquelles les élèves pourront participer cette année. Plutôt que de ressasser les belles heures passées en compagnie des élèves pendant cette semaine, ayons donc plutôt les yeux tournés vers l’avenir et pensons déjà aux futures performances que toutes et tous s’apprêtent à accomplir !

Bientôt, ce sera l’avion de 20h05…